Noël

Noël

riggiline . Publié dans Contes, Littérature, Suisse 117

Conte de Noël

Zéphir & le Chevalier André

Voici bien longtemps, en ces temps éloignés, peuplés de mages, de preux chevaliers, de fées et de fiers destriers, qu’un page à l’allure distinguée, un peu à part, filait sur son cheval à toute allure dans la contrée d’Alpapage.

Il se nommait André et avait pour équipier le fier cheval Zéphir, fils du Vent d’Ouest. Complices et familiers, les deux amis allaient de villes en villages, de terres habitées en montagnes éloignées. Ils se comprenaient à demi-mot, un trait d’esprit, un jeu de mot, une attitude, un geste.

Messager, André écrivait des lettres, missives et courriers, pour tel sellier, maréchal-ferrant, palefroi, cocher et même pour le roi d’Alpapage.

Au fil du temps et de leurs aventures, le cavalier et son destrier se firent un nom, une réputation. Après bien des missions périlleuses en tant que messager, André fut adoubé chevalier et initié au maniement de l’épée.

Les tournois se succédèrent et André fit peu à peu ses armes. Il n’utilisait pas vraiment la force, mais plutôt une certaine adresse. Son cheval se déplaçait vite, muscles saillants, tendons d’acier, attentif à la moindre demande de son cavalier. Tous deux communiquaient intuitivement, observaient et anticipaient les gestes de l’adversaire.

Peu avant Noël, un tournoi était prévu dans la ville d’Alpapage, auquel André et Zéphir se préparaient depuis longtemps.

Mais un certain succès, une certaine gloire comportent des revers de plume. Envieux, peu doué, le Mage Silicone Savalcone œuvrait dans l’ombre, afin de nuire au cavalier et à son fier destrier.

Habile menteur, manipulateur, il répandit la rumeur, la vile nouvelle, qu’André avait sollicité les pouvoirs d’un enchanteur afin de remporter des tournois. Pourtant, de tout temps, nulle feuille de triche dans les carnets de route d’André.

La rumeur fit son effet. Humilié, bafoué, André dû faire face à l’ignominie, son nom et sa réputation furent salis, sa participation au tournoi annulée.

Fatigué, déçu, André sella son cheval et partit dans la forêt, un lieu qui l’avait toujours ressourcé. Zéphir sentait la peine de son cavalier, mais il continua vaillamment à cheminer sur les sentiers, attentif et le pied sûr.

Ils arrivèrent à un endroit connu d’eux seuls, qui surplombait la contrée d’Alpapage et offrait une vue magnifique. Il y avait un brin de magie dans l’air, comme une étincelle à l’approche de la fête de Noël.

Ce soir-là, les Aigles volaient bas, mais ils volaient tout de même. Ils vinrent taquiner Zéphir et son cavalier. André les avait toujours admirés pour leur indépendance, leur façon d’évoluer en toute liberté.

C’est ainsi qu’il eut l’idée, la pensée de retourner voir les Sages de la Montagne des Airs, d’où venaient les Aigles.

Arrivé chez ces êtres inspirés, il leur exposa ses soucis. Après avoir réfléchi, les Sages lui dirent : « Nous pensons que tu accordes trop d’importance à ces ragots, ces bassesses qui ne te ressemblent pas. Tu sais qui tu es, d’où tu viens, tu connais ta valeur et tu sais où tu vas. Vif, musclé et souple, tu manies avec dextérité la plume et l’épée. Zéphir, magnifique destrier, fils d’une longue lignée d’endurants et valeureux chevaux est à tes côtés« .

Qu’attends-tu maintenant ? Ta vie t’appartient et non à ce mage encollé, qui pense avoir un pouvoir sur toi. Ôte ce pouvoir de tes pensées, Savalcone se trouvera face à lui-même et disparaîtra comme par magie, perdu dans ses brouillards de noirceur.

André remercia les Sages en leur donnant un poème bohême, écrit de sa plus belle plume. Il reprit assurance, courage et foi en ses capacités. Il allât voir les juges du tournoi et prouva sa bonne foi. Habile de sa plume, il trouva les mots pour se libérer de ce jugement hâtif et non mesuré.

C’est le cœur léger que le courageux chevalier prit part au tournoi d’Alpapage. Après tant d’épreuves, il en avait vu d’autres. Ménageant ses forces et celles de Zéphir, attendant le bon moment pour donner l’estocade, il se hissa à la troisième place du tournoi. Le prix de l’originalité lui fut décerné, pour sa façon inédite et atypique de désarçonner ses adversaires.

Le lendemain matin, jour de Noël, André apportât son avoine à Zéphir. Dans l’air, des petites particules de neige dansaient aussi élégamment que les plus purs et les plus beaux des chevaux au galop, signe qu’un Ange passait au trot.

À peine réveillé, mais éveillé, le fier destrier dit à son cavalier, d’un clin d’oeil enclin à l’humour : « Hé ben, tu en as une de ces têtes, ce matin ! »

« Tu ne t’es pas regardé !  » Lui répondit son cavalier, en toute complicité.

Se venger ? L’Amitié et bien plus belle et puis, c’est Noël.

Sophie Wilhelm

Please follow and like us:
0

Comments

comments

Rétrolien depuis votre site.