Pédagogie

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riggiline . Publié dans Belgique, Enfants / Parents, Non classé 2657

Pr Marcel Lebrun : « On est toujours seul à apprendre »

 

Invité à la clôture  des premières Estivales de Formaform à Louvain-la-neuve, le pédagogue Marcel Lebrun, professeur à l’Université Catholique de Louvain (UCL), a donné sa réponse aux grandes questions évoquées par les participants, des formateurs du FOREM, de Bruxelles Formation et de l’IFAPME.

 

On est seul à apprendre

M. Lebrun cite son collègue français Philippe Carré :’« On apprend seul, mais jamais sans les autres. » L’apprenant est toujours le seul à pouvoir apprendre quelque chose, et l’enseignant doit rester humble : l’apprentissage, c’est bien la personne elle-même qui va le faire. On peut enseigner, montrer, accompagner, créer un cadre propice, mais jamais apprendre à la place de quelqu’un.  Le professeur est un émancipateur démocratique, d’ouverture à l’autre. « Il faut tout faire, conclut-il, pour non seulement doter l’humain d’outils, mais d’instruments, pour permettre de  donner du sens : esprit critique, gestion de l’information. Et nous avons le pouvoir de faire bouger les systèmes. Il faut revenir au sens premier des choses et au bon sens. »

 

On avance non par ruptures, mais par hybridation.

Face à l’inquiétude soulevée par le débat « anciennes et nouvelles pédagogies », M. Lebrun rappelle

que les innovations, loin de procéder par ruptures, ont toujours fini par « s’hybrider » : ainsi du cinéma qui a repris des éléments du théâtre, ainsi aussi du théâtre qui s’est approprié des codes du cinéma. Toute l’habilité du formateur étant de trouver les bonnes pistes d’hybridation…

 

Les nouvelles technologies libèrent et soumettent.

Concernant la problématique temps libre et nouvelles technologies, M. Lebrun cite le philosophe Michel Serres : « Avec le numérique, on n’a pas le cerveau vide, on a le cerveau libre. ». Et c’est vrai que sur le plan neurologique , les technologies nous libèrent. « Elles nous condamnent à devenir intelligents » lance-t-il, c’est-à-dire à exercer notre créativité, ce qui est une force extraordinaire d’émancipation. Ces technologies nous libèrent aussi des contraintes espace/temps. Nous sommes à la fois chez nous et de l’autre côté de la planète, etc. Bien sûr, ces outils nous ont libérés, et ils nous ont aussi soumis ; il faut en être conscient.

 

« Est compétent celui qui est capable d’utiliser ses capacités dans des contextes nouveaux. »

« Voilà 6 siècles, il fallait réunir les gens dans un même lieu pour dispenser du savoir, faute de livres, il n’y avait pas ou très peu de livres » rappelle le conférencier. Ce n’est plus le cas. M. Lebrun s’interroge sur le statut du savoir, en quelque sorte sacralisé.  Or, « le savoir, c’est de l’information structurée, accessible à tous. L’ancienne vue pyramidale est remplacée par une vision horizontale. » affirme-t-il. Dans cette optique, il importe davantage de développer des compétences transversales. Ainsi de la lecture, qui nous donne accès à d’autres savoirs, mais aussi du travail en équipe, de la validation d’une information. Ces compétences ne sont pas intéressantes en elles-mêmes, mais ont un effet démultiplicateur.  Dans ce sens, la formation devrait être continue depuis l’école primaire. Il est important et urgent de faire comprendre à  nos politiques qu’il faut réfléchir à un projet continu et commun depuis le début. « En primaire, les enfants bouillonnent, dans le secondaire, tout est éteint. » relève le pédagogue. Et de pointer : « Est compétent celui qui est capable d’utiliser ses capacités dans des contextes nouveaux. »

 

Quelle génération Y ?!

Pour M. Lebrun, il n’y pas de génération Y, qui aurait une compréhension innée du digital. On n’utilise pas mieux le numérique parce qu’on vit dans une société numérique. C’est toujours bien la même logique : « Les riches s’enrichissent » ironise-t-il.  De même que précédemment, ceux qui étaient accompagnés dans leurs apprentissages, comprenaient ce qu’ils apprenaient, de même les jeunes actuels qui savent utiliser les ressources digitales de façon personnelle sont ceux qui ont pu développer très tôt les compétences nécessaires pour  s’approprier les savoirs. En ce sens, l’école doit continuer, sinon c’est un leurre démocratique dans la société numérique. Et d’alerter : de plus en plus de personnes tombent dans le knowledge gap (fossé des connaissances).     

 

Pour en savoir plus sur Marcel Lebrun : son blog

 

J. Daloze

 

 

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