Poème

Poème

riggiline . Publié dans Librairies, Littérature 434

SAVOIR VIEILLIR

 

Vieillir, se l’avouer à soi-même et le dire,

Tout-haut, non pas pour voir protester les amis,

Mais pour y conformer ses goûts et s’interdire

Ce que la veille encore on se croyait permis.

Avec sincérité, dés que l’aube se lève,

Se bien persuader qu’on est plus vieux d’un jour.

A chaque cheveux blanc se séparer d’un rêve

Et lui dire tout bas un adieu sans retour.

Aux appétits grossiers, imposer d’âpres jeûnes,

Et nourrir son esprit d’un solide savoir;

Devenir bon, devenir doux, aimer les jeunes,

Comme on aima les fleurs, comme on aima l’espoir.

Se résigner à vivre un peu sur le rivage,

Tandis qu’ils vogueront sur les flots hasardeux.

Craindre d’être importun, sans devenir sauvage,

Se laisser ignorer tout en restant près d’eux.

Vaquer sans bruit aux soins que tout départ réclame,

Prier et faire un peu de bien autour de soi,

Sans négliger son corps, parer surtout son âme,

Chauffant l’un aux tisons, l’autre à l’antique Foi,

Puis un beau soir, discrètement, souffler la flamme

De la lampe et mourir parce que c’est la loi.

François FABIE

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