LA SOUPE INTERCULTURELLE AUX 3 CAILLOUX

LA SOUPE INTERCULTURELLE AUX 3 CAILLOUX

riggiline . Publié dans Contes, Littérature 3961

Etre Famille, vous propose un conte d’Anne BEFFORT conteuse :

Sachez que les gens de ces lointaines campagnes africaines sont très hospitaliers, c’est bien connu. Ils sont d’une grande gentillesse et d’une grande générosité. Ils partagent naturellement leur maison et leur table. Ils sont même capables de donner l’unique morceau de pain qui leur sert de repas. C’est tout dire. Mais voilà, dans la vie il ne faut pas généraliser. Tous les gens ne sont pas pareils. Cette histoire va vous prouver qu’il y a des exceptions.

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Il était une fois un homme qui sillonnait chemins et routes, il marchait de village en village, il traversait rivières et mers. Il marchait du petit matin jusqu’à la nuit tombée, il marchait des jours entiers, des semaines, parfois même des mois. Il en était ainsi tous les jours. Il pouvait neiger, la pluie tomber à seaux, la tempête faire rage, le soleil brûler, lui le voyageur, était sur les routes. Et il parcourait ainsi les pays du monde entier.

Voilà qu’un jour il arrive en Afrique, plus précisément au Maroc.

Et un soir, un de ses soirs où il fait un froid de canard, un de ses soirs où il ne fait pas bon de rester dehors, le voyageur, qui……, lui a marché tout le jour comme à son habitude, arrive épuisé dans un petit village. Il a tellement faim, il grelotte de froid, qu’il frappe à la porte de la première maison du village. C’est la maison d’une vielle femme appelée Mya.

La vieille femme ouvre sa porte .

« Bonsoir, » dit le voyageur, «  j’ai froid et j’ai faim, pourrais-je rentrer et me réchauffer et avoir un petit quelque chose à manger ? »

Mya regarde l’homme de haut en bas, elle hésite un instant, mais sentant la nuit glaciale elle l’invite à rentrer et à s’asseoir près du feu sur un tapis ; elle ajoute :

« C’est dommage que tu arrives seulement maintenant car je n’ai plus rien à t’offrir à manger, je viens juste de terminer mon repas. »

En vérité, la vieille Mya n’est pas très hospitalière. Ou alors juste ce qu’il faut. Elle ne fait pas parti de ceux qui aiment partager. Elle est même vraiment très avare. Ce n’est pas chez elle qu’on trouve de quoi se restaurer. Si on avait faim ou soif, il valait mieux allez chercher ailleurs qu’ici. Ici il n’y a rien pour personne. Qu’on se le dise.

Le voyageur s’assied confortablement près du feu ; il se réchauffe les mains.

Au bout d’un moment, il se met à parler des pays qu’il a parcourus, des hommes, des femmes, des enfants qu’il a rencontrés, et de son pays natal, son pays où il est né, le Portugal. Après avoir parlé de tout ça, le voyageur qui a toujours aussi faim et dont le ventre crie famine demande à la femme :

« Je sais que tu n’as plus rien à m’offrir à manger, mais as-tu au moins une casserole d’eau ? »

« Une casserole d’eau ? Oui, bien sûr. Mais que veux-tu faire d’une casserole d’eau ? »                

« Oh, pas grand-chose ; je voudrais me préparer une soupe aux trois cailloux. »

« Une soupe aux trois cailloux ? Je n’ai jamais entendu parler de cette soupe là. Qu’est-ce que c’est ? »

« Donne-moi une casserole et de l’eau et je te montrerai ce qu’on fait dans mon village au Portugal. »

Intriguée et surtout, surtout curieuse, Mya apporte une casserole d’eau que l’homme met sur le feu. Il sort trois cailloux de sa poche et les jette dans la casserole. Il prend ensuite une cuillère en bois et il remue l’eau avec les 3 cailloux.

La vieille femme le regarde avec curiosité.

« Tu penses faire une soupe avec cette eau et ces pierres ? C’est vraiment incroyable ! Ca ne donnera rien de bon. »

Puis elle ajoute :

« Tu sais, nous au Maroc, on met quelques pois chiches et des lentilles dans notre soupe traditionnelle. »

« Ah, oui ? » dit le voyageur. « Tu peux les ajouter si tu en as. »

Et la vieille femme prend une poignée de pois chiches et de lentilles qu’elle ajoute à la soupe. Et le voyageur remue la soupe.

Il se penche au-dessus de la casserole et dit :

« Hmmh, elle sent bon mais elle serait meilleure avec quelques feuilles de salade. »

« Quelques feuilles de salade ? » s’exclame tante Mya ! « Mais ce n’est pas ça qui va ramollir tes pierres tout de même ! »

« Hmm, de la salade j’ai toujours » dit-elle après un moment et elle sort dans son potager couper une salade qu’elle donne au voyageur.

Le voyageur coupe la salade en chiffonnade et la jette dans la casserole.

A ce moment là, on frappe à la porte de la vieille Mya. Elle ouvre sa porte. C’est son voisin, le boucher.

« Bonsoir, j’ai vu un étranger frapper à ta porte et je voulais savoir si tu avais besoin d’aide ? »

« Nous préparons une soupe aux 3 cailloux. »

« Une soupe aux 3 cailloux ? Je ne connais pas cette recette. »

Alors, le boucher s’approche de la soupe et dit au voyageur :

« Mmh, elle sent bon ta soupe mais sais-tu que dans mon pays natal, le Luxembourg, on y ajoute de la saucisse coupée en rondelles. »

« Ah, oui ? Tu peux les ajouter si tu en as. »

Et le boucher retourne vite chez lui chercher de la saucisse. En revenant il la donne au voyageur. Celui-ci coupe la saucisse en rondelles et l’ajoute à la soupe. Il remue.

La vieille et le boucher le regardent avec curiosité et ils disent :

« Et tu penses que tous ces ingrédients vont donner un meilleur goût à tes 3 cailloux ? »

« Ah, » répond le voyageur, « vous allez voir ce qu’on fait dans mon pays au Portugal. »  C’est à ce moment qu’on frappe encore une fois à la porte de la vieille Mya.

C’était le cordonnier qui avait sa maison de l’autre côté de la rue et inquiet de savoir un inconnu chez la vieille femme il voulut se rassurer qu’elle n’avait pas besoin d’aide.

« Nous préparons une soupe aux 3 cailloux. »

« Une soupe aux 3 cailloux ? Je ne connais pas cette recette. »

Alors il s’approche de la casserole et dit au voyageur :

« Mmh ; elle sent bon ta soupe ; mais sais-tu que dans mon pays où je suis né, au Japon, on y ajoute des pâtes qu’on appelle des vermicelles de riz. »

« Ah, bon ? Tu peux les ajouter si tu en as. » Et voilà que le cordonnier retourne chez lui chercher des vermicelles de riz. En revenant il les donne au voyageur et celui-ci les ajoute dans la casserole. Il remue.

C’est à ce moment qu’on frappe encore une fois à la porte de la vieille Mya.

C’était la boulangère du village. Inquiète de savoir un inconnu chez la vieille femme elle voulut se rassurer qu’elle n’avait pas besoin d’aide.

« Nous préparons une soupe aux 3 cailloux, » dit la vieille Mya.

« Une soupe aux 3 cailloux ? Ah, vois-tu, » dit la boulangère au voyageur, « j’ai une fois entendu parler d’une soupe comme ça en France et si je me souviens bien on y ajoute un œuf ! »

« Ah, bon ? Tu peux l’ajouter si tu en as un. » Et voilà que la boulangère retourne chez elle chercher un oeuf. En revenant, elle le donne au voyageur et celui-ci l’ajoute dans la casserole. Il remue. Il goûte. Puis d’une petite voix, il dit :

« La soupe est presque terminée, sauf que dans mon pays on ajoute encore un peu de persil et un oignon. »

Sans rien dire, la vieille Mya lui donne quelques feuilles de persil et un oignon que le voyageur jette dans l’eau.

Il remue une dernière fois délicatement l’eau, les cailloux et les autres ingrédients sous le regard moqueur du boucher, du cordonnier, de la boulangère et de la vieille Mya. Tous l’observent en secouant la tête et la vieille Mya ne peut s’empêcher de répéter :

« Personne n’a jamais fait une soupe de cette façon. Ca ne donnera rien de bon. »

Mais, le voyageur saisit le couvercle et le pose sur la casserole.

« Voilà » dit-il, « maintenant il faut attendre un peu, il faut attendre que la soupe cuise » et il retourne s’asseoir en tailleur près du feu sur le tapis. Les autres font de même.

Pour combler le long silence, le voyageur raconte quelques histoires d’animaux.

Après le temps de cuisson le voyageur se lève, prend un bol sur l’étagère et soulève le couvercle de la casserole. A ce moment, une odeur délicieuse, une odeur de soupe alléchante se répand dans toute la cuisine. Le voyageur se verse une grosse louche de sa fameuse soupe aux 3 cailloux et il s’assied à la table. Le voyageur, lui, la mange avec un doux plaisir, oui, à le voir même, il se régale.

Les autres, le regardent avec de grands yeux. Eux, ils n’osent pas goûter cette soupe aux trois cailloux dont ils n’ont jamais entendu parler.

Alors l’homme en voyant leur air ahuri les invite à la partager avec lui.

Et il leur sert à chacun un bol et à soi-même une louche de soupe. Toutefois, ils hésitent toujours, puis la vieille Mya, alléchée par la bonne odeur de la soupe prend son courage à deux mains et elle goûte.

« Mmh, qu’elle est bonne, » dit-elle avec surprise, « elle me fait penser à notre soupe traditionnelle. »

Et à leur tour les autres la mangent et ils se régalent.

Après avoir vidé son bol, la vieille femme se lève pour se resservir mais quelle n’est pas sa surprise quand elle voit que la casserole est déjà vide sauf qu’au fond il reste les 3 cailloux.

Et elle s’écrie : « Et les 3 cailloux alors ? »

« Les 3 cailloux ? » s’étonne le voyageur d’un air moqueur ; « je vais les remettre dans ma poche et je m’en servirais la prochaine fois quand j’aurais faim. »

La vieille femme reste bouche bée et lui dit : « ah, tu t’es bien moqué de nous ; tu es un malin, va. »

Ainsi, le voyageur a réussi à bien manger dans une maison où au départ on ne voulait rien lui offrir et les habitants, eux, ont eu le plaisir de s’asseoir à la même table et de partager ce soir-là, grâce au voyageur une soupe délicieuse.

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