Le train, ma liberté

Le train, ma liberté

riggiline . Publié dans Tourisme 1965

Bientôt les vacances et rien de prévu. Besoin d’autres horizons…
En deux semaines, j’obtiens mon billet Interrail. J’ai choisi la formule : 1 pays, avec un libre-parcours durant 4 jours au choix pendant un mois.

Pour les plus speedés, il existe une formule toute l’Europe avec libre-parcours illimité, toujours durant un mois. Elle comprend également des ferries entre différents pays.
Pour ma part, j’ai choisi de circuler dans le nord de l’Allemagne.

Les vacances commencent pour moi sur le quai de ma petite gare rurale. En toute simplicité, elle m’ouvre à tant d’horizons ! J’irai jusqu’à Hambourg, « porte du monde » ! Mon bagage est léger. J’ai investi dans une liseuse, téléchargée de romans empruntés à la bibliothèque virtuelle de Saint-Léger.
Prudente, j’ai réservé mes hébergements. L’expérience me prouvera que ce n’était pas forcément nécessaire. Les offices du tourisme allemands sont plutôt performants et dénichent facilement une chambre selon vos critères.
Donc, me voilà partie, destination Cologne, via Liège et Aix-la-Chapelle. Interrail fournit une application pour les smartphones qui me permet de composer mon itinéraire au fur et à mesure.
C’est ce que j’aime par-dessus tout dans cette formule. Même si je me suis fixée des points de chute où dormir, je choisis mon chemin, butine une exposition par-ci, une belle église par-là, la visite d’un port…
Je m’étais fixée comme thème de voyage la ligue hanséatique, cette formidable organisation commerciale qui reliait les villes d’Europe du Nord et au-delà du XIIè au XVIIè siècle, avec pour destination Lubeck, au bord de la Baltique.
Dans le train de Liège à Aix, un Dortmundois d’adoption me vante les mérites de sa ville et déplore la dégradation des conditions de vie en Allemagne. On se quitte : à se revoir peut-être dans cette gare ou une autre… J’aime ces rencontres en suspens, la légèreté des conversations dans la parenthèse du wagon et du trajet.
Cologne, c’est la porte de l’Allemagne, une plaque tournante ferroviaire incontournable, qu’on se dirige vers le nord de l’Europe ou vers l’Europe centrale. Donc Cologne, sa belle gare, sa cathédrale tout à côté, ses avenues commerçantes, les quais où passer la soirée à lire et marcher…

5 heures me séparent de Lubeck, via Hambourg : le temps de me pelotonner dans un recoin, un œil sur ma liseuse, un autre sur le paysage, très vert sur l’ensemble du trajet. Ah ces jardins ouvriers aux abords des villes, tirés au cordeau, leurs maisonnettes impeccables !
Grosse déception, je ne vois nulle part la mer ! Et pourtant, nous n’en sommes pas loin. Il me faudra aller jusqu’à Travemunde, l’embouchure de la rivière qui baigne Lubeck pour enfin côtoyer la Baltique et ses formidables ferries.
Lubeck : ville de musiciens, d’écrivains, de marchands… « Sleepy town » de nos jours, belle endormie au son de ses très nombreux clochers. Partie pour découvrir les villes hanséatiques, j’ai découvert le gothique de l’Europe du Nord, ses immenses églises de briques rouges inspirées des chefs d’oeuvre français. Une guide m’oriente vers d’autres villes, où je me retrouve cette fois tout à fait face au large sur les traces de Murnau, qui a filmé l’arrivée du comte Draculau à Wilmar. Emotion de me retrouver sous le porche iconique d’où on voit arriver le sinistre navire… ou est-ce sa copie exacte ? En Allemagne, une très grande partie du patrimoine a été reconstruit après les destructions de la seconde guerre mondiale. D’où souvent cette impression d’un « peu trop propre ». Ces visites m’amènent à côtoyer les Allemands en visite du dimanche à leur famille : bébés dans les poussettes, ados piercés/crêtés/tatoués, … Jusqu’en 1989, c’était l’Allemagne de l’Est. Je le ressentirai péniblement en commandant un plat « typique » à Travemunde, c’est-à-dire fort indigeste pour un estomac habitué aux salades légères.
Je découvre un bout de côte préservé des estivants : des troncs blanchis, frottés de sel s’écroulent sur la plage. La falaise de terre friable se délite peu à peu, rongée par les embruns. S’en échappent des hirondelles de mer. Une végétation opiniâtre s’échine à la retenir. Nous sommes quelques-uns à apprécier. Point n’est besoin de la langue pour se sentir en phase…
J’ai beaucoup aimé mon séjour à Lubeck, cette belle ville paisible. Mon hôtel, un YMCA près du canal, y a été pour beaucoup. Le luxe d’une vie de quartier tranquille au milieu de ces merveilles !

Mon trajet de retour m’a arrêté à Hambourg pour un trop rapide tour de ville : suffisant pour me donner la certitude d’y revenir. Après ma belle endormie, l’effervescence de ce creuset était salutaire ! Un immense quartier s’érige entre port et terre, là où se trouvent les anciens entrepôts de marchandises. C’est aussi la ville des medias, des graphistes…

Je dors à Brême, autre ville hanséatique, où mon étourderie me contraint à faire appel à l’Office du tourisme pour me dénicher un hôtel. Bien m’en prend. Je me retrouve dans une fort jolie rue de maisons de maître, aux trottoirs partiellement dépavés pour laisser place à la végétation. Je prendrai mon petit-déjeuner dans la salle à manger d’été, au plafond de vitraux, ornée d’une splendide cheminée art déco.

Cologne m’accueille à nouveau : je voulais encore visiter la belle exposition du musée gallo-romain, que j’avais visité voilà plus de 30 ans.

Je serai de retour à la maison à 20h, l’heure idéale pour encore saluer le jardin et les amis de passage…

J. Daloze

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